Picture fabrique ses T-shirts et ses sweats en coton bio au Bangladesh depuis maintenant deux ans. Cela soulève des questions légitimes, auxquelles nous tenterons de répondre ici avec un maximum de transparence et en prenant le temps d’aller au fond des choses. Non seulement parce que le sujet est complexe, mais aussi parce que Picture s’engage pour la transparence et pour l’amélioration de nos rapports à l’industrie textile. Commençons d’abord par revenir à notre objectif de départ. Et renvoyons pour cela à notre article qui détaille pourquoi Picture ne fabrique pas en France.
L’objectif de Picture a toujours été de permettre au plus grand nombre de vivre sa passion en minimisant l’impact environnemental de ses vêtements. Pour cela, il faut que le prix de vente au détail de nos vêtements soit conforme à ce qui est perçu comme la norme, ce qui signifie que des vêtements intégrant des principes d’écoconception et des vêtements qui n’en intègrent pas devraient avoir un prix à peu près équivalent, ou tout du moins que le choix ayant le moins d’impact environnemental ne soit pas déraisonnablement cher. « On l’a testé », raconte Julien Durant, co-fondateur de Picture en 2007, « un produit à 35 € se vend normalement, et on divise ses chiffres par 2 chaque fois qu’on augmente le prix de 5 €. Donc tu vends deux fois moins de T-shirts à 40 €, et à 45 € c’est déjà un produit de niche. »
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L'équation du détaillant
Dans le cadre de sa démarche économique et sociale, Picture a fait le choix de travailler avec les magasins indépendants et spécialistes, afin de créer un véritable lien avec les personnes qui achètent ses vêtements. Ce lien va au-delà du simple acte d'achat, incluant le conseil et la possibilité d'essayer les différentes tailles et produits. Dans cette dynamique, les magasins spécialisés ont grandi en même temps que Picture, et nous travaillons avec l'ensemble du réseau pour contribuer à la vitalité locale. Nous cherchons donc en permanence à concilier ce que nous estimons être un triptyque vertueux : des vêtements intégrant une démarche d'écoconception en utilisant des matières certifiées , fabriqués dans des usines aux pratiques sociales et environnementales alignées sur nos valeurs , et démocratiser l'achat responsable en rendant ce type de vêtements accessibles au plus grand nombre .

C’est afin de remplir cette ambition que nous avons pris la décision en 2024 de déplacer notre production de la Turquie vers le Bangladesh, tout en maintenant le même niveau de qualité et de normes.
Le juste prix
Prenons l’exemple d’un T-shirt Picture en coton biologique de grande qualité (nous privilégions les fibres longues et la durabilité). Fabriqué en Turquie, il pouvait être vendu au prix public de 35 €, en tenant compte du fait que chaque acteur de la chaîne (de la culture du coton à la distribution en magasin) devait réaliser une marge. Ce prix nous permettait également d’être compétitifs avec des T-shirts fabriqués à partir de matières non certifiées.
Suite à l’inflation post-Covid, de nombreuses entreprises ont été confrontées à une flambée des prix, les mettant en difficulté financière. Il a donc fallu s’adapter. L’inflation en Turquie ayant atteint 44 % en décembre 2024 sur un an, il était impossible pour Picture de maintenir le même niveau de prix. Avec notre modèle de distribution, le T-shirt en coton bio aurait dépassé les 50 €, ce qui aurait été inabordable pour une grande partie des pratiquants d’activités outdoor, et Picture aurait failli à notre principe original d’atteindre le plus grand nombre.

Nous avons donc exploré d’autres options de fabrication.
Destination Bangladesh
D’abord, nous choisissons avant tout l’usine et les personnes avec lesquelles nous travaillons car nous tenons à une relation de long terme avec elles. C’est le cas pour toutes nos unités de production, que nous visitons régulièrement (« J’y vais en général deux fois par an », dit Julien Durant), en plus de travailler avec des labels et des partenaires locaux. Ensuite, nous avons mis en œuvre un processus de sélection systématique que nous appliquons à nos fournisseurs, basé notamment sur la qualité, le coût, et les pratiques environnementales et sociales. Au-delà de ces critères, nos partenaires au Bangladesh ont l’avantage, par rapport à d’autres pays, d’offrir une plateforme logistique plus performante (notamment des bateaux qui partent pour l’Europe) et une « verticalité » dans la chaîne de production. Julien Durant ajoute : « L’avantage de notre partenaire au Bangladesh, c’est qu’il maîtrise toute la chaîne de production, du fil, au tissage, à la confection, avec une seule personne qui gère toutes les informations pour le contrôle qualité. »

Soigneusement sélectionnés
Chaque fournisseur suit un programme de sélection prédéfini avant de devenir fournisseur Picture. Un premier questionnaire permet de scruter les pratiques sociales et les conditions de travail. Nous passons en revue les audits existants et travaillons avec Fair Working Conditions pour les mettre en œuvre s'ils n'existent pas. Enfin, nous analysons les certifications de l'usine en termes de matériaux et de production.
L’usine du Bangladesh avec laquelle nous travaillons dispose des certifications environnementales et sociales que nous exigeons :
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GOTS pour le coton biologique (un standard qui se transmet de sous-traitant à sous-traitant et doit donc être respecté sur toute la chaîne pour que le produit fini en bénéficie)
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Oeko-tex standard 100 pour le contrôle des substances chimiques
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et des audits sociaux basés sur des critères alignés sur les normes de l'Organisation Internationale du Travail.


L’usine dispose également des documents et politiques internes nécessaires, tels qu'un code de conduite et un comité des travailleurs afin que les employés puissent s’exprimer.
D’autres marques exigeantes travaillent également avec des usines au Bangladesh. Cela permet d’améliorer les pratiques environnementales et sociales. N’oublions pas que le réchauffement climatique est une problématique mondiale et que personne n’aurait intérêt à ce que les entreprises engagées abandonnent des fournisseurs locaux qui cherchent à atteindre des standards élevés.
Qu’en est-il de l’empreinte carbone ?
On ne peut pas parler de fabrication à l’autre bout du monde sans aborder ce que cela représente en termes d’empreinte carbone. C’est d’ailleurs un point qui est abordé dans notre article « Électricité bas carbone et industrie textile ». Ce qui est clair, c’est qu’en expédiant nos T-shirts en vrac dans des conteneurs qui peuvent en contenir des dizaines de milliers, sur des navires qui peuvent emporter des milliers de conteneurs, la part du transport dans l’empreinte carbone d’un T-shirt est faible, « entre 1 et 3 % » selon Stewart Sheppard, spécialiste RSE pour les marques de textile. Le plus gros impact sera toujours le coton, qui demande des tracteurs pour la semence et la récolte, des machines pour le nettoyage, des engrais et des pesticides, le filage, le tissage, etc. C’est la raison pour laquelle Picture veille à utiliser des matières premières certifiées, comme le coton biologique pour les T-shirts et le polyester recyclé pour les vêtements techniques, afin de réduire l’impact environnemental et d’assurer un revenu décent aux agriculteurs.
