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L'appel des Fjords - Un surf-trip père & fille

L’appel des fjords, Un surf-trip père & fille

J’ai la chance de partager une passion commune avec mon père, le surf, qu’il m’a en partie transmise.

En tant que photographe, ses années passées sur la plage et dans l’eau ont aiguisé sa lecture de la mer et ont fait de lui un conteur d’histoires immersives qui m’ont convaincue de me jeter à l’eau. Depuis, le surf guide mes choix de vie et ponctue chaque étape de mon existence, en rythmant à la fois ma vie quotidienne, mon temps libre mais aussi l’orientation de mes études et de ma carrière. J’ai passé mon enfance à suivre mes parents sur les chemins côtiers et de montagne qui arpentent le Pays Basque, en quête de lumière et de panoramas à immortaliser. Car mon père, Éric Chauché, a beaucoup travaillé sur l’Euskadi, cette terre qui m’a vu grandir. Une terre faite de forêts de hêtres nichés au pied des sommets, qui respirent les embruns de la côte, poussés par le vent d’ouest. Ce sont ces paysages et ces ambiances qui lui ont inspiré de nombreux livres. J’ai ainsi été élevée, avec ma soeur Lucie, à l’école de la contemplation et de l’émerveillement.

Il a aussi connu les débuts de la photo de surf en Europe et a parcouru le monde à la recherche de nouvelles vagues à découvrir, aux côtés de légendes de la discipline. L’amour de la glisse est un peu une histoire de famille finalement, bien qu’aucun de mes parents ne surfe réellement. C’est le problème de faire un métier qui consiste à travailler les jours de belles vagues.

Enfin, dans ses jeunes années mon père faisait du “planky” et utilisait même parfois un matelas pneumatique en guise de planche, à une époque où les surfshops n’existaient pas vraiment… Quoi qu'il en soit, c’est à Oualidia que j’ai appris à surfer, à Surfland, au Maroc, où mon parrain, Laurent Miramon, a créé la première école du pays, dans les années 90. Mais mon imaginaire a été bercé très jeune par les anecdotes, les livres et magazines exposés dans la bibliothèque familiale et les posters placardés sur les murs du salon. Et lorsque l’océan le décidait, mon père me déposait à la plage pour une session avant ou après les cours, parfois même à la pause déjeuner si les conditions le méritaient.

Plus jeune, il nous poussait dans les mousses et nous rejoignait au bord en bodysurf. Plus grande, une fois autonome dans l’eau, il me surveillait depuis le bord, à travers le viseur de son appareil. Depuis petite, je l’ai vu passer des heures sur son ordinateur pour guetter les prévisions météorologiques et examiner les cartes des littoraux européens, dans l’espoir d’y découvrir des bancs de sable et des point breaks insoupçonnés. Peut-être est-ce cela qui m’a fait adorer la géographie ? A 8 ans, je connaissais le nom de l’ensemble des pays du monde, leurs drapeaux et leurs capitales dans l’espoir de m’y rendre un jour. Ma mère a largement contribué à cela, en me montrant où se trouvait mon père lorsqu’il partait en voyage, sur le planisphère affiché dans ma chambre. Et quand je le suppliais de m’emmener dans ses bagages, il me faisait sans cesse la promesse que je pourrais le suivre une fois que je saurai surfer.

Alors, je me suis acharnée à la tâche. J’ai passé des milliers d'heures à danser avec l’écume et à jouer au milieu des ondulations marines. J’ai bravé le froid, les tempêtes qui balaient le golfe de Gascogne l’hiver, et les levers aux aurores pour saluer l’océan avant l’école. Parfois, souvent même, mon père m’accompagnait, appareil à la main. La recherche de la lumière et de l’angle parfaits qui l’anime se mêle à celle de la vague rêvée, que nous partageons, offrant des moments suspendus. D’abord entre les côtes basque et landaise qui comptent de nombreux spots de renom, au cadre exceptionnel.

Mais aussi en Méditerranée, à deux reprises, qui ont constitué nos premiers surf trips ensemble. Je m’étais greffée à la poursuite d’un swell d’hiver, aux côtés de Vincent Duvignac, Justin Becret et Justine Dupont, quand j’avais 15 ans.

Et puis un jour, j’ai un peu progressé et j’ai commencé à voyager de mon côté, en France et en Europe. D’abord avec mon club de surf, puis grâce aux compétitions, et à l’accompagnement de mes premiers sponsors. Je me souviens notamment de mon trip en eau chaude, au Panama, avec Bruno Degert et Txomin Sorraits, qui m’ont prise sous leur aile. Des moments gravés à jamais. Un peu plus âgée, je bricolais avec mes modestes moyens pour poursuivre ma soif de découvertes : un Erasmus aux Canaries, à arpenter les îles en bus, en stop et à loger chez l’habitant ; quelques voyages en Amérique latine, accueillie chez des amis, financés en écrivant mes premiers articles et en jugeant des compétitions sur place ; un nouvel an en Irlande, en plein Covid ; un séjour au Maroc pour retrouver les personnes à l’origine de ma passion ; et à La Réunion, pour un stage de fin d’études sur le risque requin. Des expériences de vie uniques qui m’ont construite, tantôt seule, tantôt accompagnée d’amis, mais toujours extrêmement bien accueillie par les locaux, qui m’ont confié et inspiré un réservoir de milliers d’histoires qu’il me reste encore à raconter.

Dans le même temps, la promesse de mon père continuait de me trotter dans la tête. Dès que les conditions et les disponibilités nous le permettaient, nous nous synchronisions pour immortaliser des sessions à la maison mais gardions un oeil ouvert sur les cartes et les prévisions des côtes européennes. Il a fallu presque 10 ans pour que les étoiles s’alignent (nos disponibilités, nos budgets, les conditions etc.) et que nous décidions de partir ensemble. Mais ce jour-là a fini par arriver et, en septembre dernier, nous avons rejoint les Lofoten, à l’annonce de l’arrivée d’une houle d’intersaison dans les fjords nordiques…

Après ces années d’attente, vous imaginez donc ma joie une fois arrivée dans le Cercle polaire lorsque je découvre, ébahie, les paysages de la Norvège. D’immenses forêts d’épicéas bordent les routes enclavées au pied de fjords, plus grandioses les uns que les autres. Les paysages défilent et le jour décline tandis que nous parcourons les 7h30 de route qui nous séparent de notre point de chute. Pendant ce temps, mon père me raconte ses précédents voyages dans la région. Mais malgré l'excitation, le doute reste présent. Chaque trip est une prise de risque : les pronostics de la météo se réaliseront-ils ? Les spots seront-ils suffisamment exposés pour capter le swell ? Seront-ils assez abrités du vent ? Parviendrons-nous à être au bon endroit, au bon moment pour en profiter ? Pour répondre à ces questions, il y a bien-sûr une part d’organisation et de préparation mais une fois sur place, l’expertise de mon père en matière de découverte de vagues ne suffit pas à faire disparaître une bonne dose d’incertitude. C’est peut-être d’ailleurs ce qui fait toute la magie du surf trip.

La chance se provoque, mais les moments de grâce tombent du ciel.

Nous sommes ainsi accueillis par trois jours de tempête avant de pouvoir goûter à un plan d’eau lisse et à quelques éclaircies qui révèlent tout le potentiel des spots que nous découvrons. La brume, le relief accidenté balayé par le vent et les fjords parés d’arc-en-ciel nous plonge au coeur de la mythologie viking qui s'inspire largement de ces ambiances. On imagine aisément croiser des elfes et des trolls au détour des routes tortueuses et des ponts reliant les fragments de terres qui baignent dans la mer que nous longeons. A défaut d’apercevoir ces créatures magiques, sans doute trop farouches pour se laisser approcher, nous avons la surprise de voir une famille d’élans traverser devant nous. C’est la plus grande espèce de cervidés, leur imposante stature est impressionnante et force le respect. Deux jours plus tard, c’est avec les deux gardiens des vagues de la péninsule que j’ai la joie de partager une session : un pingouin, au plumage sombre que je mets du temps à identifier, et un phoque qui joue à cache cache entre les vagues. Plusieurs aigles pêcheurs nous font également l’honneur de nous saluer en survolant le spot, et je partage volontiers mes sessions avec des cormorans, attirés par la vie sous-marine présente sous ma planche.

Les Lofoten sont en effet connus la richesse de leur faune aquatique, qui attire de nombreux cétacés comme les orques, friands des bancs de harengs et de morues qui remontent les fjords de janvier à avril. La pêche occupe d’ailleurs une place privilégiée dans l’économie locale, comme en témoignent les nombreuses structures en bois qui servent de séchoirs à poissons, au bord des routes.

Les premiers jours, il faut affronter l’air froid et l’humidité pour s’arracher aux aurores de l’atmosphère chaude et réconfortante de notre petite cabane en bois. Dehors, un ciel gris et bas nous attend, camouflant la cime des montagnes environnantes et rajoutant une couche de mystère aux étendus d’eau fumantes qui nous entourent.

Nous parcourons la nationale E10, de criques en criques, à la recherche de vagues à l’abri du vent. En chemin, nous croisons des églises luthériennes aux clochers bien droits et aux toits bien pointus. A l’intérieur, on distingue, dans la lueur des cierges, leur charpente en bois qui rappelle la coque d’un drakkar.

Les cimetières ont vue sur la mer - comme pour s’assurer que les défunts puissent contempler l’éternité qui se perd dans l’horizon - qui matérialise les confins d’une terre plate, si l’on en croit les légendes scandinaves. Les moutons se chargent à merveille de l’entretien des pelouses alentour et me regardent surfer depuis leur enclos. Je ne suis pas embêtée par le monde à l’eau même si je croise une école de surf et quelques surfeurs les derniers jours. Le froid ne facilite pas les échanges à l’eau : l’épaisseur de la combinaison, de la cagoule, des gants et des chaussons, nous coupe de l’extérieur. On devine malgré tout une ambiance chaleureuse à travers les regards brillants et les sourires crispés par le vent.

Les premières sessions ne sont pas faciles. Il faut se familiariser avec cet équipement encombrant mais salvateur. Les premiers gestes sont un peu maladroits mais la gêne disparaît rapidement à la vue des vagues, aussi capricieuses soient-elles au début du séjour. Au milieu des clapots, je devine le réel potentiel du spot et parviens à trouver quelques belles parois au milieu d’une mer abîmée par la tempête. Je suis partagée entre un sentiment d’émerveillement à la vue des reliefs abruptes et découpés qui m’entoure, et celui d’une légère appréhension.

J’apprécie malgré tout cet inconfort, le fait de surfer seule, dans une eau froide qui comprime le corps, dans un endroit inconnu, au milieu d’une eau sombre et trouble, balayée par les vents. La dérive de macroalgues issues de forêts de laminaires assombrit et épaissit la mer. Je sursaute la première fois que je frôle l’une d’entre elles et que mon leash s’emmêle dans ces tentacules végétales. Et puis je finis par m’y habituer et à repérer les zones denses à éviter. Des rideaux de pluie masquent l’horizon et déchargent de temps à autre une averse au-dessus de nos têtes. Je ne perçois les gouttes de pluie qu’à la vue de leur impact sur le plan d’eau océanique mais je suis trop bien protégée pour sentir leur contact sur ma peau.

Je pense néanmoins à mon père, sur la plage, qui doit sans doute se battre pour protéger son matériel photo. Je le retrouve dégoulinant, l’appareil emmitouflé tant bien que mal dans une bâche improvisée, à l’étanchéité mise à l’épreuve par de telles conditions. Heureusement, en milieu de séjour, le soleil finit par faire quelques percées et les rafales décident de se calmer et de tourner offshore. Les puissants rayons qui traversent les nuages réchauffent nos coeurs et révèlent de nouveaux contrastes. Le sable noir scintille et tranche avec le vert des prairies tandis que l’eau transparente dévoile de gros galets opales qui tapissent le plancher océanique. Les maisons de bois rouges et les bateaux de pêche se reflètent dans les lacs bordés de forêts de sapins. En arrière-plan, les crêtes des montagnes se drapent de reflets vermeils à l’approche du coucher de soleil. C’est au coeur de ce décor sensationnel que je goûte aux conditions que nous attendions. Des vagues de 1m20 à 1m50 déferlent sur le spot. Je n’ai que l’embarras du choix.

Je profite tantôt d’une belle gauche longeant les rochers et tantôt d’une droite, plus petite mais tendue et offrant de belles sections à noses, qui s’écrase sur une langue de sable près du bord. Je me régale et enchaîne les sessions sous le regard de mon père qui immortalise chacun de mes pas de danse au milieu des embruns. Je suis rongée par le froid, par la faim et la fatigue à force d'enchaîner deux à trois sessions par jour de plusieurs heures, mais l'excitation dépasse tous ces inconforts.

Comme une note de poésie supplémentaire, un vol de grues traverse le ciel, maintenant doré et rose. Je peine à regagner le rivage, grisée par l'adrénaline produite par chaque vague. Seule la nuit et la brutale chute des températures qui l’accompagne m’y résignent. Tandis que la luminosité baisse, les lanternes des maisons s’allument et dressent une haie d'honneur le long de la route qui mène à notre petite cabane. Nous rentrons l’appareil plein d’images et mon carnet rempli d’histoires et d’anecdotes, que cet article essaye, en partie, de retranscrire.

Mais plus encore, je regagne la maison avec le sentiment d’avoir réalisé un rêve d’enfant, que j’attendais depuis de nombreuses années : celui de partager enfin ce trip avec mon père, dans cet endroit chargé, à l’orée du cercle polaire. Pour la première fois, j’ai vécu ce voyage, non plus à travers les récits ou les photos de mon père, mais bien à ses côtés. Je ne l’ai pas vécu seulement dans ma tête mais bien dans ma chair exposée au froid, avec mes oreilles bercées par le cri des mouettes, et avec mes yeux directement illuminés par la beauté des lieux.

Et peut-être plus que tout, avec le coeur, reconnaissante et pleinement consciente de la valeur de ces moments de vie partagés, si rares et si précieux.

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